Pêche à la mouche : mieux comprendre les soies

Le pêcheur à la mouche se sert d’une soie comme d’un conducteur d’énergie jusqu’au bas de ligne puis à la mouche. En fonction de sa conception, la soie ne fait pas que transmettre l’énergie, elle peut la transformer d’où la nécessité de bien comprendre comment cet élément intervient dans la qualité des lancers. D’ailleurs, certaines soies sont spécifiques à certaines techniques et certaines cannes…

Petite genèse de la soie de pêche à la mouche :

La pêche à la mouche n’a pas toujours été pratiquée avec une soie. Aux origines, les pêcheurs utilisaient de longues cannes et du fil. L’inconvénient, c’est que les cannes étaient lourdes et sans la fibre de carbone les cannes de plus de quatre ou cinq mètres devaient être difficiles à manier. L’utilisation d’un leste est évidemment proscrit s’il est question de faire flotter une mouche. Même avec une canne fine et bénéficiant d’un bon effet ressort, un fil fin transmet très mal l’énergie et il a fallu innover. Un pêcheur habile et bien équipé ne pouvait pas pêcher beaucoup plus loin que sept ou huit mètres. Ensuite les pêcheurs ont compris que pour améliorer la transmission ou plutôt la “dispersion” d’énergie entre la canne et la mouche, l’utilisation d’une tresse à base de crin de cheval permettait de mieux lancer. Avec l’arrivée des cannes en bambou refendu, l’utilisation de soie naturelle tissée a remplacé le crin de cheval. Onéreuse mais infiniment plus avantageuse que d’autres matériaux de l’époque, une soie naturelle bien tissé, bien rodée et bien graissée assurait au moucheur de beaux lancers ainsi qu’une présentation délicate de la mouche. Le principal inconvénient de la soie naturelle, c’est sa perméabilité. Après plusieurs heures de pêche, même une soie parfaitement graissée peut s’imprégner d’eau et couler. Une fois que l’eau a pénétré dans la soie, il faut la faire sécher avant de la graisser à nouveau. Mal entretenue, une soie naturelle peut se dégrader et finir par casser.

A gauche une soie synthétique, à droite une soie naturelle.

Le plastique ce n’est pas forcément fantastique mais dans le cas de la pêche à la mouche, l’arrivée des soies synthétiques est une révolution. Souple, flottante, nécessitant peu d’entretien, la soie synthétique a également rendu ce matériel plus accessible. Ici, un article sur l’évolution de la pêche à la mouche.

Le numéro de soie correspond à son poids

Parmi les premières questions que pose un vendeur à un client lorsqu’il souhaite acquérir une canne c’est le numéro de soie qu’il souhaite utiliser. Plus le numéro est grand plus la soie est lourde. La norme utilisée pour référencer les soies et leur attribuer un numéro standard a été établi par l’AFTMA (Association of Fishing Tackle Manufacturers of America). Ce tableau se base sur une longueur de soie fixe de 9,14 m soit 30 pieds ou 10 yards. Le numéro de soie indiqué sur une canne est établi à partir de cette norme. Le chargement optimum de la canne correspond au poids de soie nécessaire pour que celle-ci exprime pleinement sa puissance. Ainsi, une canne conçue pour être chargée avec une soie n°5 doit logiquement être associée à une ligne de pêche à la mouche de ce numéro.

Ce tableau est la référence internationale pour les facteurs de soies.

En fonction des constructeurs de cannes et des fabricants de soies, il se peut que de légères différences existent. Il est donc utile de se renseigner au préalable pour bien choisir la soie qui correspondra à la canne. Avec un peu d’expérience, un bon lanceur peut délibérément choisir de sous-charger ou de surcharger une canne en utilisant le numéro de soie inférieur ou supérieur à celui indiqué sur une canne.

Dans le cas où le constructeur précise 2 numéros de soies sur une canne (exemple : 9′ soie 4/5) cela signifie qu’il faut utiliser une soie Parallèle ou DT n°4 et/ou une soie WF5. Cette indication peut éventuellement être prise en compte en fonction des marques de soies. Comme il peut y avoir une certaine différence de poids entre une soie WF4 de la marque A et une soie de même type dans la marque B, il convient parfois d’utiliser une WF4 de la marque A pour charger aussi bien la canne qu’avec une WF5 de la marque B.

 

Différents profils de soies, mais pourquoi ?

Sans vouloir usurper les talents d’un véritable ingénieur en aérodynamisme, je vais tenter de vous donner les éléments clés pour mieux vous y retrouver entre les différentes désignations de soie et leur action en cours de lancer.

Soie Double fuseau ou DT (Double taper)

Ce type de soie s’affine à chaque extrémité pour obtenir des lancers réguliers et précis avec des posers délicats. Le diamètre de la soie est plus fin à chaque extrémité mais il est régulier sur au moins 2/3 de sa longueur. Une fois que les premiers mètres de soie sont sortie de la canne, une soie DT se comporte d’une manière très linéaire et à la différence d’une soie parallèle, la dégressivité de la pointe va adoucir les posers tout en concentrant l’énergie vers le bas de ligne. Il est possible d’utiliser ces soies dans différentes situations de pêche à courte et à moyenne distance. Ce ne sont pas des soies spécifiquement conçues pour battre des records de distance en revanche elles sont très intéressantes pour réaliser des lancers techniques, des posers courbes et des mendings en conservant une bonne maîtrise. Selon les marques, les soies DT disposent de pointes plus ou moins longues avec une dégressivité plus ou moins marquée. Si vous êtes à la recherche d’une soie à double fuseau il faut comparer les dessins indiqués par les marques pour comparer les longueurs de pointes en fonction de ce que vous souhaitez faire avec la soie. Plus la pointe est longue, plus les posers seront délicats mais moins la canne sera chargée avec une faible longueur de soie sortie. Le plus de cette soie est d’être réversible lorsqu’une pointe est usée.

Il existe des soies DT n°1 dont la finesse est idéale pour pratiquer convenablement la pêche en nymphe moderne et dont le double fuseau assure le dynamisme nécessaire pour propulser efficacement une sèche. Encore une fois, le type de bas de ligne utilisé déterminera la qualité de présentation d’une mouche sèche par exemple.

Soie à fuseau décalé ou WF (Weight Forward)

Comme son nom l’indique, la WF est une soie dont le poids est concentré sur une section plutôt que sur sa longueur totale. C’est un profil de soie plus avantageux que les deux précédemment présentés pour lancer à distance en conservant une certaine délicatesse au poser. A la différence d’une soie parallèle dont le poids est répartie de manière équitable sur la totalité de sa longueur, une soie WF est asymétrique de manière à optimiser le chargement d’une canne et faciliter la propulsion d’une mouche à distance. La partie la plus épaisse de la soie correspond au fuseau décentré. Celui ci est conçu avec une pointe à laquelle le bas de ligne est connecté (avant du fuseau) et une partie arrière dégressive qui est suivie d’une section plus ou moins longue de soie plus fine et parallèle (le running line). Le fuseau est de longueur variable en fonction des références et des numéros de soies. La famille des soies WF est certainement celle qui présente le plus de références au monde avec des fuseaux très différents. Ces différents profils de soies WF accompagnent les nombreuses possibilités qu’offrent la pêche à la mouche. De la soie WF2 spéciale ruisseaux à la WF12 qui permet de lancer un streamer à tarpon, il y a de véritables différences dans la forme des fuseaux (indépendamment du poids bien entendu).

Une soie WF conventionnelle est un bon compromis entre la “Shooting Head” ou tête de lancer et la DT. Généralement long de 12 m le fuseau décentré est profilé pour bien se lancer à courte et à longue distance. Une fois le belly sorti des anneaux, il suffit de bien pousser sur la canne et de réaliser une traction de la main sur la soie pour qu’au moment du blocage avant, la soie prenne beaucoup de vitesse et se déploie en entraînant le running line dans sa course par jeu d’inertie. L’aérodynamisme d’une soie est essentiel pour bien se comporter en l’air et percer le vent. Plus une soie est fine et lourde, meilleure sera sa capacité à percer le vent. C’est le cas des soies plongeantes WF par exemple qui sont très denses et se lancent très facilement à grande distance.

En fonction de la longueur du belly (partie la plus épaisse du fuseau), une soie WF sera plus ou moins facile à manier ou plus ou moins stable lors des lancers. Certaines références présentent des belly très compacts de manière à charger très rapidement les cannes et à pouvoir “shooter” à distance même sans dégagement en arrière. Ce type de soie a le mérite d’ouvrir des perspectives lorsque les berges sont encombrées. En revanche, les fuseaux courts sont plus difficiles à contrôler en l’air et sur l’eau.

Les soies WF à fuseau allongé (de 15m de plus) présente plusieurs avantages pour un bon lanceur. La longueur du belly améliore la maniabilité de la soie et sa stabilité en l’air mais il faut être capable de sortir la totalité du belly pour tirer pleinement profit de ce type de soie et atteindre de grandes distances. A la manière d’une DT, les WF à long fuseau peuvent très bien servir à réaliser des lancers courbes et des mending dans la mesure ou le belly n’est pas complètement sorti des anneaux.

La Triangle Taper ou TT est une forme de soie WF. Cet type de soie doit son nom à la conicité très marquée du belly jusqu’à sa limite avec le running line. C’est un style de soie très apprécié par les experts pour la délicatesse des posers et la précision à courte et moyenne distance. Une fois le belly sorti des anneaux, la soie TT perce très bien le vent. Le profil triangulaire est maniable tant que le belly n’est pas entièrement sorti de la canne. En raison de la dégressivité très marquée de la partie postérieure du belly, cette soie est moins maniable.

Pour bien distinguer les différentes parties d’une soie WF et visualiser correctement la pointe, le belly et le running line, plusieurs marques créent des soies dont la coloration changent dans la longueur.

Dans la famille des WF on peut également retrouver les soies spécifiques à la pêche des poissons migrateurs avec des cannes à deux mains comme les “Spey cast line”. Le fuseau de ce type de soie est long pour bien former les roulers lors de la réalisation des lancers “Spey cast”.

Les tête de lancer (Shooting head)

C’est la catégorie de soie la plus courte ! Les Shooting sont conçues pour atteindre de grandes distances en un minimum de faux lancers. Dès que la tête de lancer sort de la canne, le pêcheur peut shooter. Une tête de lancer se connecte à un running line. Les têtes de lancers sont déclinées avec différents profils dans différentes longueurs et densités. Scandi, Skagit, Shooting… ces désignations sont généralement associés à des profils de tête de lancer.

Les têtes de lancers présentent l’avantage de pouvoir être connecté et déconnecté facilement. Leur longueur n’excède que rarement les 10m, ce qui permet de les ranger facilement dans un petit classeur de poche. Les marques ne manquent pas d’inspiration pour concevoir des têtes de lancers aux profils très spécifiques et dans différentes densités. Il existe aujourd’hui des têtes de lancers à densités compensées pour permettre au pêcheur de garder parfaitement contact avec les mouches même dans de forts courants ou dans des fosses. Ces têtes de lancer plongeantes sont très utiles pour la traque des poissons migrateurs.

Soie parallèle ou L (Level)

La soie parallèle est la forme la plus simple et sans doute la première forme de soie utilisée par les moucheurs. Il s’agit d’une soie d’un même diamètre sur l’ensemble de sa longueur. La particularité de la soie parallèle est de ne pas modifier l’énergie qu’elle transmet jusqu’au bas de ligne. Comme le poids de cette soie est réparti uniformément sur toute la longueur, l’énergie est conduite de manière très linéaire ce qui assure au lanceur de créer des effets particuliers. Ce style de soie est d’ailleurs plutôt utilisé par des spécialistes de la pêche en sèche pour réaliser des lancers roulés, des posers courbes ou des “mending” qui améliorent la qualité de la dérive d’une mouche à la surface de l’eau. Il existe des soies naturelles de différents poids entre n°1 à n°5. Le bas de ligne joue un rôle très important avec une soie parallèle puisqu’il va transformer en dernier lieu l’énergie transmis par la soie jusqu’à la mouche. Un des avantage de cette soie est de pouvoir être coupée ou retournée lorsque l’extrémité est usée sans altérer la qualité des lancers.

Une aparté à propos des soies parallèles de 0,55 mm de diamètre dont la désignation est souvent “spéciale nymphe”. Au départ, ces soies ne sont pas destinées à transmettre l’énergie de la canne jusqu’au bas de ligne. Elles sont principalement conçues pour remplir le moulinet et réduire le phénomène de “ventre” entre les anneaux. Ceci permet de gagner en réactivité lors des ferrages. Avec une canne pour soie n°1 ou n°2, il s’avère possible de lancer convenablement à condition d’utiliser un bas de ligne dont la conicité conduira l’énergie jusqu’à la mouche. Lancer une sèche seule avec précision est un exercice très compliqué voire impossible avec un bas de ligne dit “espagnol”, composé d’une section de 4 à 7 m de fil d’un même diamètre.

Exemple d’emballage de soies haut de gamme avec les indications du constructeur.

J’espère que cet article vous aura permis de mieux comprendre pourquoi différents types de soies existent et comment faire vos choix. Alors, n’hésitez pas à vous référer aux données fournies par les constructeurs (poids en grains par numéro de soie) et à comparer la forme des fuseaux.

Florian CARAVEO

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