Portrait de moucheur : Julien Mangematin

Julien Mangematin est ce que l’on peut appeler un pêcheur à la mouche accompli ! C’est un moucheur polyvalent, astucieux et aussi bon pour monter ses mouches artificielles que ses propres cannes. Ce portrait risque d’égratigner sa modestie… (désolé Juju).

Un gars du cru (un vrai bourguignon)

Avec Julien Mangematin, nous avons quelques points communs. Il est originaire de Bourgogne, il a appris à pêcher à la mouche dans les rivières du Morvan et a eu pour professeurs des gens comme Jean-Marc Lombard ou encore Gérard Crépey. Alors que Julien était installé du côté de Toulouse, nous nous sommes rencontrés au bord de l’Yonne sur un parcours proche de Montreuillon. Depuis, nous ne nous sommes pas perdus de vue !

Du Morvan nait une passion débordante

Julien a découvert la pêche du côté d’Autun avec son père et s’est rapidement intéressé à la pêche à la mouche en autodidacte. Bien qu’il n’ait pas intégré immédiatement un club, il avait déjà acquis de bons gestes et connaissait très bien les habitudes des poissons. Il faut dire que les rivières et ruisseaux du Morvan sont réputés capricieux. Les poissons sauvages de ces cours d’eau gobent volontiers une mouche même “rustique” mais il faut être très précis. Julien n’est pas du style à renoncer devant la difficulté. Alors il cherche sans cesse à innover ou s’améliorer. 

Une belle fario prise en nymphe à vue

Des rencontres qui ont compté

“J’ai beaucoup appris avec Rinaldo Serpi, un prof de guitare passionné de pêche à la mouche. Il m’a fait découvrir différentes rivières dont celles du Jura.” Il sort vite des sentiers battus en se confrontant aux poissons Franc-Comtois, déjà très sélectifs. Au contact d’autres pêcheurs tels que Jean-Marc, Mickaël Crépey et bien d’autres, il affine ses techniques tout en améliorant ses montages.

Et c’est non sans fierté que Julien peut dire qu’il a aussi fait progresser des pêcheurs aujourd’hui plus connus que lui. Thierry Lelièvre et d’autres moucheurs pyrénéens en savent quelque chose !

Une canne dans chaque port

Durant sa carrière militaire, Julien a beaucoup voyagé. Entre les bases d’entraînement en France et ses missions sur différents territoires, il aurait pu abandonner la pêche à la mouche faute de trouver de bons spots de pêche.

Julien en Afrique

Au Gabon et au Sénégal, il s’intéresse à la pêche des poissons côtiers tels que les carangues. “J’étais régulièrement à la pêche avec des gamins du coin qui attendaient que je prenne un poisson pour avoir de quoi manger ! Bon heureusement certaines carangues m’ont glissé des mains. Ce qui était fou, c’était les attaques en surface et à l’époque j’utilisais des boobies en guise de popper. Ça marche très bien et c’est plus facile à monter que des mouches sophistiquées en poils de cervidés ou autre. J’ai une autre mouche qui fonctionne très bien partout en mer, c’est la Louvine de Christophe Lecoq. C’est simple, solide et ça nage très bien.”

Julien en Amérique

En Guyane, Julien avait aussi prévu le coup ! “Je pouvais pêcher tous les jours.” Une canne de 9’ soie soie 5-6, une soie flottante, quelques mouches et voilà de quoi pêcher les Snooks et les “Baby tarpons” du côté de Kourou. “Pour pêcher ces poissons je n’utilise pas de très grosses mouches. Contrairement à ce qu’on voit souvent, je choisis des hameçons très basiques mais fort de fer. Un vieux modèle de chez Mustad avec la pointe légèrement orientée vers l’extérieur est parfait. Comme ce poisson est difficile à ferrer, je compte sur la pointe incurvée vers l’extérieur pour glisser dans la bouche du tarpon et trouver un angle pour se piquer.”

Julien m’avait envoyé quelques vidéos à l’époque et cela fonctionnait bien, même pour les caïmans ! “Avec ces reptiles, il faut faire gaffe ! Un petit chope ton streamer et la mère peut venir le protéger. Prendre un caïman à la mouche, c’est peu commun mais pas sans risque…”

N’imaginez pas que chaque mission ait été choisie pour pêcher ! Parfois il passait 6 mois sans voir un poisson. Heureusement il avait quand même le nécessaire de montage et revenait en France avec de quoi retourner rapidement à la pêche.

Des mouches bien pensées !

Lorsque j’ai rencontré Julien au bord de l’Yonne, il avait de belles boîtes avec des mouches plutôt originales. Ses montages sont très soignés et il aime confectionner des mouches dites “vintage” comme l’araignée à deux ailes en coq. “J’avais envoyé l’une de mes mouche pour avis à Jean-Louis Poirot qui était monteur professionnel. Il m’avait gentiment répondu en me félicitant, j’étais très heureux, que ce Monsieur de la pêche, valide ce montage avec son œil expert.” D’ailleurs, Julien a toujours pris exemple sur les meilleurs monteurs pour ses créations. “J’ai fait du ménage dans mes boîtes mais j’ai toujours une idée pour améliorer un montage.”

La Pioupiou : nymphe de fond !

On parle des nymphes “céramiques” dont le nom peut aussi être “nymphe en plomb peint”. Julien a réalisé il y a plus de 20 ans des nymphes très denses pour pêcher les courants puissants. En reprenant la base d’un montage de nymphe en plomb peint, il y a ajouté une bille métallique et du dubbing de lièvre pour le thorax. “Bon, à l’époque je n’avais pas encore de billes en tungstène mais ça plongeait déjà très vite !”.

La Pioupiou avec une bille dorée et un thorax en dubbing de lièvre

Le pouvoir de l’orange tag.

“Si je devais garder une seule mouche sèche, ce serait probablement l’orange tag. Cette mouche fonctionne très souvent à condition d’ajuster la taille.” Alors que nous pêchions en Lozère, en compagnie de Thierry Lelièvre, Julien avait réussi à prendre plusieurs truites en sèche sur le Tarn avec cette mouche. Il y avait différents insectes sur l’eau mais les poissons étaient plutôt sélectifs. L’orange tag faisait la diff’ !

De la couleur pour surprendre les poissons…

Le premier moucheur à m’avoir donné envie de monter des mouches plus colorées pour la rivière c’est Juju. Sur l’Yonne, il avait pris plusieurs truites avec une nymphe à la bille blanche et d’autres avec une nymphe au corps rouge sang. Il y a une quinzaine d’années, très peu de pêcheurs avaient de telles couleurs dans les boîtes. Désormais, entre les perdigones, les “squirmies” et autres nymphes jigs, toutes les excentricités sont permises !

Même des montages simples, en apparence, sont tout à fait modernes dans leur conception. Julien va à l’efficacité sans négliger le respect des proportions et les petits détails. Un tinsel irisé peut devenir une paire d’ailes de fourmi. Il détourne des matériaux de leur application principale pour créer ses mouches.

Il n’oublie pas les classiques :

Dans ses boîtes, Julien a toujours quelques mouches incontournables comme la palaretta, l’oreille de lièvre ou la pheasant tail. Parmi ses mouches favorites pour la pêche à vue, il y a le gamarre façon Bernard Maillet. Sans grande surprise, Julien possède une collection de Pheasant tail en différents poids. Pour les sèches, il possède des montages parachutes et des voiliers en CDC. Pour les streamers, un wooly bugger avec une longue queue en marabout pour onduler même en récupération lente.

Soies et cannes, il aime le fait maison !

Pendant qu’il n’est pas au bord de l’eau, Julien adore se creuser les méninges. Durant une période, il s’est consacré à la fabrication de soies semi-naturelles avec lesquelles il pêchait en sèche. Il a testé différentes méthodes pour obtenir le meilleur rendu et cela fonctionnait très bien. Pour les cannes, il a son atelier avec tout ce qu’il faut pour ligaturer les anneaux et réaliser de belles poignées. “J’ai la liberté de monter la canne comme je veux en choisissant les composants. Les anneaux sont montés sur le nerf et comme je le souhaite, la poignée est façonnée à ma main, je suis content de pêcher avec mes cannes à moi !”

Atelier de montage de canne de Julien

Un mec qui partage

Avec un bagage aussi complet, Julien peut passer des heures à parler de ses expériences de pêche. Il partage volontiers ses connaissances au club mouche de la Phrygane du côté de Toulouse et sur les réseaux sociaux. Certaines de ses mouches sont dans les boîtes de champions… 

Avec ce portrait, je sais que sa modestie va en prendre un coup ! Je tenais à présenter Julien tel que je le connais depuis près de quinze ans. Malgré des moments qui l’ont séparé plusieurs mois de ses coins de pêche, il a toujours gardé le lien avec sa passion. Présent pour sa famille et ses amis, il pêche quand il a un moment et croyez bien que les poissons ne sont pas pressés de le voir à la retraite.

A bientôt pour un nouvel article.

Florian CARAVEO

Retrouvez d’autres Portraits de Moucheurs.

2 réflexions sur “Portrait de moucheur : Julien Mangematin”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *