Pêche à la mouche en lac d’altitude (Partie 1)

Si vous aimez la pêche à la mouche et la randonnée, vous aimerez la pêche en lac d’altitude ! Mais, avant de parler “pêche”, voici quelques notions importantes pour comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes. Dans les Pyrénées comme dans les Alpes, des moucheurs troquent leurs waders et leur gilet contre une bonne paire de chaussures de montagne et un sac à dos. Les plus aventuriers n’hésitent pas à passer une ou plusieurs nuits dans une tente pour profiter des premiers gobages et du coup du soir.

Comprendre son environnement avant de s’intéresser aux poissons :

Pour commencer, il faut connaître la localisation et l’altitude des lacs. Globalement, on parle de lac de montagne ou de lac d’altitude pour qualifier des lacs naturels situés à plus de 1500 m d’altitude. L’érosion des glaciers et l’effondrement de pans de montagne peuvent engendrer la formation de lacs.  A l’échelle géologique, ces lacs sont récents.

Lac Chavillon

Lac de verrou : cavité formée par l’érosion des glaciers. Ce type de formation est le fruit de la dernière période glaciaire qui remonte à plus de 10 000 ans.

Vue sur l’étang de Trebens sur les pans du Pic Carlit (Pyrénées Orientales).

Lac de moraine : ils sont formés par l’accumulation de débris minéraux liés à différents événements géologiques. Les moraines accumulées en fond de glacier, peuvent former un barrage naturel et créer un lac.

Le remplissage de ces lacs est lié aux précipitations et à la fonte des neiges. Certains lacs sont en connexion avec de petits torrents et des zones humides. D’autres sont plus isolés et se sont formés dans des cuvettes uniquement alimentées par des ruissellements et de la fonte des neiges. Ensuite il y a des lacs créés par l’homme pour le stockage d’eau en tête de bassin versant. Leur taille et leur profondeur peuvent parfois rendre la pêche à la mouche difficile mais il y a des exceptions.

Une classification des lacs d’altitude existe :

Les universités d’Aix en Provence et de Grenoble ont réalisé des études sur plus de 100 lacs pour établir une classification des lacs d’altitudes. Cette classification fonctionne dans les montagnes européennes. En dehors des grands lacs naturels alpins (Léman, Annecy, Bourget…). On doit une typologie des lacs à JP. Martinot et A. Rivet publiée en 1985 avec des préconisations sur la gestion des lacs.

Le lac Vert de son véritable nom, situé dans la Vallée Étroite dans les Hautes-Alpes

Les lacs verts : à 1800 m, la végétation environnante est assez diversifiée, des arbres peuvent border les lacs. La flore aquatique est très variée ainsi que le cortège faunistique (invertébrés et vertébrés). Vairons, truites fario, arc-en-ciel et autres ombles de fontaines peuvent y vivre confortablement (température en surface en été : 15°C ; présence de glace : 6 à 7 mois de l’année).

Le Lac Long des Muandes dans les Hautes-Alpes

Les lacs de pelouses : à 2100 m d’altitude, la végétation environnante est essentiellement constituée d’herbacés et de petits ligneux. Ces lacs sont moins riches en matières organiques et la végétation aquatique est assez variée. Dans ce type de milieux, les invertébrés sont bien présents. Les espèces piscicoles adaptées sont le vairons, le chabot, la truite fario, l’omble chevalier et le christivomer (température en surface en été : 12°C ; présence de glace : 7 à 8 mois de l’année).

Lac Rond des Muandes

Les lacs froids : à 2400 m d’altitude, la végétation environnante devient rare. La matière organique est peu présente ce qui induit une quasi absence de végétation aquatique. Les invertébrés sont présents mais les espèces piscicoles adaptées se raréfient. L’omble chevalier, le christivomer et la truite fario sont acclimatés (température en surface en été : 5°C ; présence de glace : jusqu’à 9 mois de l’année).

Les lacs polaires : à 2600 m, leur caractère très minéral et leur température rendent la vie aquatique très difficile. Ces lacs sont gelés jusqu’à 11 mois de l’année.

Après la théorie, la réalité du terrain :

Avec ces quelques indications, vous pouvez vous imaginer que les conditions de vie des poissons peuvent être plus ou moins extrêmes ! Une truite qui vit dans un lac boisé à 1600 m d’altitude dispose d’un milieu généralement plus riche qu’un omble chevalier ou un christivomer acclimaté dans un lac perché à 2400 m d’altitude. On parlera du degré “trophique” pour définir la richesse en oligo éléments d’un milieu aquatique. Plus un lac est haut perché, plus il est “oligotrophe” ce qui induit un très faible développement de la végétation aquatiques. Un milieu “eutrophe” est plus riche en végétaux.

La base de la chaîne alimentaire dans les milieux aquatiques continentaux est bien la végétation. Quand la végétation aquatique se développe, l’abondance et la diversité d’invertébrés aquatiques permet aux poissons de trouver des proies relativement facilement. Larves d’éphémères, larves de chironomes, larves d’odonates (libellules et demoiselles), mollusques, coléoptères et autres invertébrés, entrent dans le régime alimentaire des poissons. Un lac oligotrophe avec des fonds rocheux et une moindre présence d’invertébrés aquatiques, sera logiquement moins hospitalier pour les poissons.

Lac du Serpent

A plus de 2000 m d’altitude, la végétation aquatique se raréfie ce qui induit que les poissons présents vont devoir adopter un régime alimentaire plus opportuniste qu’un poisson qui peut consommer des insectes aquatiques toute l’année. En parlant de l’activité annuelle, un lac d’altitude peut être gelé pendant plusieurs mois (2 à 4 mois), la température de l’eau étant un paramètre qui conditionne l’activité des poissons, la période d’alimentation des truites de lac d’altitude est généralement moins étendue que pour ses congénères de rivière.

Les espèces de poissons acclimatés en lac de montagne :

L’altitude, la géologie et les températures sont donc les facteurs “abiotiques” qui conditionnent directement la capacité des lacs à accueillir des poissons. Comme dans la plupart des lacs d’altitude, les poissons ont été introduits par l’homme, les espèces présentes varient et certaines réussissent mieux que d’autres. La truite fario ou la truite arc-en-ciel sont moins adaptées aux milieux froids oligotrophes que l’omble de fontaine, l’omble chevalier et le christivomer. Le vairon est souvent une espèce d’accompagnement de ces salmonidés et sa présence est souvent liée à des introductions par des pêcheurs ayant relâché des poissons destinés à être utilisés comme appâts.

Truite fario du Lac Serpent

Rares sont les lacs où les salmonidés étaient naturellement présents ce qui induit que les populations piscicoles des lacs sont d’origine humaine. Même si quelques tributaires peuvent servir de lieu de reproduction pour les truites, le maintien de populations piscicoles nécessite des empoissonements réguliers dans la majorité des lacs à l’aide d’alevins de salmonidés. Le Christivomer et l’omble chevalier peuvent accomplir leur cycle biologique dans les lacs.

En fonction de l’abondance de nourriture et de la présence d’espèces d’accompagnement, les salmonidés peuvent tout à fait adopter des comportement cannibals. D’ailleurs, dans les milieux les moins productifs, les plus gros individus sont souvent devenus de véritables prédateurs ichtyophages.

La température et le comportement des poissons :

Comme en rivière ou en mer, la température de l’eau a une grande influence sur le métabolisme des poissons et leur comportement. La littérature indique que la température optimale pour l’activité de la truite avoisine les 16°C. Il est évident que les salmonidés acclimatés en lac d’altitude parviennent à se nourrir même lorsque l’eau ne dépasse pas les 10°C-12°C. Toutefois, plus la température de l’eau approche des 5°C plus la digestion des poissons ralentit. En dessous de cette température, l’activité des salmonidés est très faible.

Sans trop revenir dans les cours de physique que vous avez connu, c’est à 4°C que l’eau est la plus dense ou la plus lourde. Ainsi, à la sortie de l’hiver, lorsque la glace fond; l’eau de surface est plus froide que les couches d’eau inférieures. L’eau située juste sous la glace est à 0°C et celle-ci est moins dense, elle reste au dessus des couches d’eau dont la température tend vers les 4°C. La couche d’eau intermédiaire dont la température est globalement stable est appelée “thermocline”.

Dès que l’eau de surface va atteindre les 4°C, celle-ci va provoquer des mouvements d’eau comparable aux mouvements d’air qui permettent aux rapaces de monter dans le ciel sans battre des ailes. Dans les lacs on parle de phénomène de “brassage” et cela intervient lors des intersaisons. De la même manière que dans votre casserole d’eau qui entre en ebullition, des mouvements d’induction vont se produire jusqu’à ce que les couches d’eau se restructurent.

Lorsque les beaux jours arrivent et que la température de la surface avoisine les 10°C, l’eau de fond du lac est la plus fraîche et approche les 4°C. Une nouvelle thermocline se forme et marque une nouvelle frontière invisible.

Dès que les températures baissent, que la pluie laisse progressivement place à la neige, la température de l’eau de surface se rapproche des 4°C. Un nouveau brassage se produit et la thermocline, dont la température avoisinait les 10°C, se renverse.

Comprendre que les couches d’eau soient structurées en fonction des différences de température entre l’eau de surface et l’eau de fond, c’est entrer dans les subtilités de la pêche en lac.

Des milieux fragiles à haute valeur écologique :

Les massifs alpins et pyrénéens comptent plusieurs centaines de lacs d’altitude. La grande diversité des écosystèmes qui les constituent est un formidable réservoir de biodiversité. En tant que pêcheur j’essaie d’observer les milieux sans pour autant rechercher les poissons. La végétation environnante, les insectes, les amphibiens, les oiseaux, il y a toujours quelque chose d’intéressant à voir. Alors oui, quand il y a des gobages, l’oeil du moucheur reprend le dessus mais je n’oublie surtout pas que la présence des poissons n’est que rarement naturelle.

Lac d’altitude à 2500 m d’altitude sans poisson mais très riche en amphibiens.

Il faut veiller sur les lacs d’altitude et pour cela, les pêcheurs et autres amoureux de la nature, nous avons un rôle à jouer. Je dédie cet article à Gilbert Arnaud qui doit à présent faire parti des étoiles qui illuminent les lacs du Carlit. Il était président de l’AAPPMA de Font Romeu “Carlit”, je l’avais rencontré en septembre 2019 lors d’un week-end entre environnement et pêche.

Vous pouvez consulter un super site sur les lacs de montagne avec beaucoup d’informations utiles : http://www.lacs-sentinelles.org/fr/pages/les-lacs-daltitude

A très vite pour la seconde partie où j’aborderai les techniques de pêche essentielles en lac de montagne.

Florian

3 réflexions sur “Pêche à la mouche en lac d’altitude (Partie 1)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *