Portrait : Daniel Mestrot, moucheur, artiste et plus encore

Pour changer des pêcheurs de salmonidés à la mouche, j’ai contacté Matthias Lothy avec qui j’échange de temps en temps sur la pêche à la mouche du black-bass et d’autres poissons. “Tias” connait un paquet de pêcheurs mais il m’a spontanément proposé un moucheur discret, vivant à côté du Saison plein de truites mais préférant pêcher le black-bass ! Voici le portrait de Daniel Mestrot.

Création d’un popper zèbre par Daniel, peut-être que cette mouche fonctionne sur la perche du Nil ?

Qui est ce mystérieux moucheur ?

J’ai pris contact avec Daniel par téléphone et nous avons vite plaisanté à propos de la “Mouchitude”, ce n’est pas de Ségo, c’est de moi ! J’entends par mouchitude, une forme de snobisme dont certains protagonistes font preuve, dès qu’il s’agit de parler de cette pêche à destination d’autres poissons que les salmonidés. Je suis toujours dubitatif quand un moucheur m’affirme que la pêche de tel ou tel poisson est plus passionnante qu’une autre. Je suppose que lorsqu’un pêcheur se spécialise, il y a toujours des subtilités à trouver pour mieux intéresser un poisson en particulier.

Un Bass qui a fait la rencontre de Daniel en pensant casser la croûte tranquillement.

Daniel Mestrot, ne fait pas parti de cette catégorie de moucheur “salmomaniaque”. Il pêche tout ce qu’il peut trouver avec des mouches, mais, il a une préférence pour le black-bass. Au fil de notre discussion, Daniel me révèle avoir pêché aux côté de Franck Rossman, fondateur de Black-Bass France et illustre pêcheur de carnassier au leurre. Daniel n’est pas un perdreau de l’année et pourtant dans la “Mouchosphère” connectée, son nom n’est pas très connu. Il aime d’ailleurs se faire appeler Daniel Blackbasque.

Du leurre à la mouche

Avant de se mettre à la pêche à la mouche, il a fait ses gammes au leurre. Au fil des années, il s’est pris de passion pour la pêche à la mouche et en a presque oublié qu’il possède une collection complète de leurres souples, spinnerbaits et autres “machinsbaits” ! Avec son bel accent du sud, c’est un vrai régal d’entendre Daniel parler de pêche et prononcer des noms de leurres plébiscités par les américains.

Deux imitations de libellules pour séduire les bass en surface !

“J’ai appris à pêcher la truite à la mouche en arrivant dans le Pays Basque”. C’est assez atypique, mais c’est très révélateur de l’état d’esprit de Daniel. Essayer d’abord de prendre à la mouche les poissons que l’on a à côté de chez soi, avant de courir le pays à la recherche d’une espèce. C’est un bon moyen de s’assurer des parties de pêche régulières. “Aujourd’hui je dois presque trouver une excuse pour aller pêcher le black-bass et faire de la route alors que les truites gobent à côté de la maison !”

La modestie au service de la créativité !

Daniel ne se revendique surtout pas comme un spécialiste du black-bass et reste admiratif des montages réalisés par certains de ces amis. “Quand je vois les mouches de Jacques Bordenave ou de Vincent Vescovi, je me dis qu’il y a encore du boulot, mais je fais des mouches qui prennent du poisson quand même !” Et en effet, Daniel est un “bricoleurre”. Il fabrique des mouches très inspirées des leurres à l’aide de matériaux synthétiques, d’un scalpel et d’un peu de colle. Atypique pour un moucheur n’est-ce pas ? La traduction littérale de “fly tying” c’est le nouage de mouche. Daniel sait créer une imitation de grenouille très simple, efficace et construite sans un tour de soie de montage ! Il fallait avoir l’idée. 

Des création de Daniel pour provoquer les black-bass et les puristes du montage de mouche !

Bien sûr, Daniel sait faire un “Diver,” en poils de cervidés, à l’aide de matériaux conventionnels. Mais le rapport temps de montage/efficacité n’est pas meilleur. “Je suis admiratif de ces mecs capables de monter une mouche en cervidés taillée au poil près qui passent deux heures à tout aligner. C’est magnifique, par contre quand tu perds une mouche ça fout les boules !” Pour le bass et le brochet, il privilégie des montages plutôt simple et efficace. Vert, blanc et orange, voici ces trois coloris de prédilection. Vous aurez sans doute l’impression que ses grenouilles sont faciles à réaliser mais c’est un piège ! Même simpliste, une mouche de Daniel est très réfléchie. C’est le fruit de sa longue expérience et de très nombreux essais.

Daniel pêche même sans être au bord de l’eau !

Un contemplatif ?

“Sur une sortie de pêche je passe autant de temps à chercher les poissons qu’à observer la nature. Je peux passer plusieurs minutes à admirer un martin pêcheur, un héron, un ragondin et même un poisson qui ne m’a pas repéré. L’autre fois, deux gros black-bass se sont approchés du bateau, je n’ai même pas cherché à lancer pour tenter d’en prendre un.” Daniel prend le temps de vivre des moments de plénitude et sait s’inspirer de ces rencontres avec un crayon et un morceau de papier.

Dessin de brochet réalisé par Daniel Mestrot avec la technique du “pointillisme”.

Les créations de cet artiste ne se limitent pas aux poissons, il sait très bien dessiner des oiseaux et d’autres animaux. Le sens de l’observation développé par Daniel se ressent à la fois dans ses dessins et sa façon d’aborder la pêche. Il parvient à donner vie au papier en s’inspirants de mouvements ou d’attitudes observés en milieu naturel.

L’artiste à l’oeuvre…

Je ne me suis pas permis de demander à la femme de Daniel si son atelier est bien rangé, il possède trois ateliers de travail. Au milieu des plumes il y a des dessins, des feutres et quelques hameçons. Apparemment il est le seul à même de s’y retrouver mais il m’a assuré qu’il ne perdait pas ses dessins ni ses mouches. Il y a des chances pour que de nombreux moucheurs se reconnaissent un peu en Daniel quand il s’agit de l’organisation de son espace de création !

“Parfois je fais du pointillisme avec un stylo pour dessinateur industriel. D’autre fois je dessine une caricature pour m’amuser, je tente des trucs !” Encore une fois, Daniel reste modeste et c’est en découvrant ses dessins que l’on peut évaluer ses talents.

L’humour n’est jamais loin avec cet artiste, il est même farceur dans ses dessins les plus réalistes. “J’aime bien cacher un poisson derrière une branche, dans un herbier ou le long d’un rocher. En général je m’arrange pour qu’un poisson soit bien visible et un autre bien planqué.” Il faut donc avoir un bon oeil devant un des dessins de Daniel et quelque part, c’est un peu le jeu du pêcheur d’être capable de voir un poisson où d’autres ne voient rien.

Beaucoup ne verront qu’un brochet sur ce dessin et pourtant il y en un autre…

En bon pêcheur de bass, Daniel sait faire preuve d’audace et de patience. Il faut un sacré “coup de patte” pour réaliser un dessin complet avec une multitude de petits points et surtout prendre son temps. Il laisse aussi libre cours à son grain de folie en réalisant des poissons “bioniques” ! Les “mécafishs” sont des créatures imaginaires dessinées par un moucheur qui a su garder son âme d’enfant. Daniel ne se prend surtout pas au sérieux, il s’amuse d’ailleurs des gens qui ont le “melon”.

Un banc de poissons métalliques qui craqueraient sans doute pour un popper magnétique !

Pêchez jeunesse !

Au cours de notre échange, Daniel m’explique qu’il aime aller à la rencontre des jeunes pêcheurs. “C’est génial de voir tout ces jeunes qui se mettent à la pêche avec cet esprit de pêcher pour le fun.” La jeune génération peut compter sur ce pêcheur expérimenté pour veiller au grain. “Je donne des mouches, des leurres à des gosses pour qu’ils s’éclatent. Ils sont bien mieux au bord de l’eau qu’à rester devant des écrans toutes la journée…” Et le fait est que le black-bass est bien un poisson que les jeunes pêcheurs adorent ! “Ce poisson tu le vois et quand tu l’as au bout de ligne, il est explosif, c’est toujours une bonne poussée d’adrenaline.” Il n’y a qu’à chercher sur YouTube “pêche black-bass” pour trouver des centaines de vidéos de jeunes qui se filment en pêchant le bass. Tous ne le pêche pas à la mouche mais si Daniel les croise, il leur tendra probablement l’une de ses grenouilles fétiches pour qu’ils s’y mettent.

Et si la créativité de Daniel était au service de l’avenir du bass et de la pêche sportive ?

L’engagement de Daniel pour “Dont Drop the Bass”.

J’ai suivi l’émergence de ce mouvement d’artistes en faveur du développement des population de black-bass en France. Daniel réalise des oeuvres mises aux enchères pour financer des projets de repeuplement en black-bass avec des AAPPMAs et des partenaires. “On essaie de soutenir des secteurs intéressants pour le black, nous récoltons un peu d’argent en vendant de l’art et nous l’investissons en poissons”. C’est avec générosité et créativité que ces artistes s’associent et travaillent notamment pour les pêcheurs de demain.

Dont Drop The Bass et ses artistes ont réussi à convaincre des partenaires, issus du milieu de la distribution de matériel de pêche, de les accompagner. Pure Fishing a ainsi apporté sa contribution a ce beau projet ce qui n’est pas courant en France. Aux USA, le business du commerce de matériel de pêche contribue au développement halieutique des différents états.

Les créateurs de Dont Drop The Bass savent se faire remarquer par leurs oeuvres et leur humour !
(Aucun de ces billets n’est vrai mais si vous voulez les aider, faites monter les enchères !)

En interrogeant Daniel sur les menaces qui pèsent sur ce poisson de sport, il m’explique que la pêche sur frayère est un vrai problème. “Quand tu vois des mecs qui se pavanent sur les réseaux sociaux avec des photos de bass de 50 cm, piqués sur le nid, tu te dis qu’il y a encore un sacré boulot pour éduquer les pêcheurs. Les bass qui se font démonter la tronche alors qu’ils surveillent leur progéniture s’épuisent et cela met directement en péril les alevins.”

Des black-bass destinés à empoissonner un plan d’eau de pêche sportive.

Quelques mots pour conclure ce portrait

On sent bien en écoutant Daniel que son poisson de cœur inspire en lui plus qu’une envie de le pêcher. Il a appris à le connaître et il sait que ce poisson est aussi curieux que fantasque. Cela me rappelle des récits d’Henri Limousin et d’autres auteurs halieutiques “pionniers” de la pêche de ce poissons à la mouche qui ont vécu des moments fantastiques sans oublier les jours où les bass gardent la bouche fermée !

Je remercie Daniel pour le temps qu’il m’a consacré et son humour. On a vraiment envie de passer un moment aux côtés de ce pêcheur qui dessine autant qu’il observe la nature. Une journée de pêche avec Daniel doit être riche en enseignements et en éclats de rire.

Si vous avez envie de suivre Daniel et le mouvement Dont Drop The Bass, vous pouvez aimer leurs pages Facebook : Dont Drop the Bass et Daniel Mestrot

Je vous invite également à regarder cette vidéo :

A bientôt pour un nouvel article !

Florian

2 réflexions sur “Portrait : Daniel Mestrot, moucheur, artiste et plus encore”

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